Congé paternité

Le 27 septembre, les électeurs suisses se prononceront sur un congé paternité de 10 jours.

La crise de Coronavirus a changé beaucoup de choses. Mais elle démontre l’évidence de l’importance du travail de soins pour les familles. Et aussi que les pères y jouent un rôle central.

Le congé paternité est donc plus important que jamais !

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Le contexte

Le congé paternité est l’exigence d’une véritable politique masculine, de genre et familiale au XXIe siècle. La Suisse est un des 3 derniers pays de toute l’Europe à ne pas connaître de congés rémunérés ou non rémunérés pour les nouveaux pères. Ces dernières années, plus de 30 tentatives parlementaires pour l’introduire ont échoué en raison de l’évolution des majorités au sein de la Confédération bernoise. Selon des enquêtes représentatives, une forte majorité de la population (80%) souhaiterait un congé paternité. Face à ce décalage frappant entre la politique et la volonté populaire, männer.ch, Alliance F, Travail.Suisse et Pro Familia ont lancé l’initiative populaire « Pour un congé paternité raisonnable » et l’ont déposée en été 2017. Le Parlement a voté en contre-proposition un congé paternité de 10 jours. Un comité référendaire UDC et PLR s’y est opposé à ce compris des compromis de 10 petites journées et le peuple donc devra voter le 27 septembre 2020 pour savoir s’il souhaite rester l’un des 3 derniers pays d’Europe avec l’Albanie et l’Irlande du Nord sans aucun congé paternité pour soutenir la création d’une famille.

La proposition

Les pères auront le droit de prendre 10 jours de congé au cours de la première année suivant la naissance de leur enfant, soit en bloc, soit par jours. Selon le même modèle que celui du congé maternité et du service militaire, le père perçoit 80% de son salaire pendant la durée du congé, à concurrence d’une indemnité journalière maximale de CHF 196.-. Cette assurance paternité légale est financée par l’assurance perte de gain.

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Les avantages

Quels sont les avantages d’un congé paternité de 10 jours pour les hommes ? Du point de vue de la politique le père est reconnu depuis longtemps par la société et par l’État comme un parent à part entière. Est-ce que c’est si évident? Non! La conception traditionnelle de la masculinité considère l’homme comme un soutien de famille. Il donne naissance à l’enfant et doit d’abord subvenir aux besoins financiers de la famille. Il sort, donc gagne de l’argent et, tout au plus, trouve du temps le soir et le week-end pour jouer avec les enfants. L’homme d’hier n’est pas impliqué dans le ménage, l’éducation, les soins et le travail de care. Aussi dépassée que puisse paraître cette conception du genre, elle imprègne encore de larges pans de notre société et de notre politique. Il n’y a pas d’autre explication au fait que, depuis plus de 30 ans, les politiciens ne tiennent pas compte du mandat constitutionnel d’instaurer « l’égalité juridique et réelle » en Suisse. C’est cette conception dépassée des rôles qui rend encore possible en 2019 l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes ou encore jusqu’à récemment faisait que de trop nombreux pères se sont vus refuser la garde de leur enfant en cas de divorce sans qu’il soit tenu compte de leur implication existante dans la garde de leur enfant. Le congé paternité confirme donc que les pères ont droit à un rôle actif d’éducateur dans la famille. Qu’il a les mêmes droits et devoirs que la mère. Qu’il doit devenir normal pour les deux parents d’avoir des droits égaux à l’éducation et à l’emploi rémunéré: pour le bien-être des enfants, des partenaires et surtout pour le propre bien-être de l’homme et du père.

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L'apport à l'égalité des sexes

Quel rôle la paternité joue-t-elle dans l’égalité entre les hommes et les femmes ? Les mères continuent de s’occuper de la plupart des tâches ménagères et familiales non rémunérées. Cependant, la différence de temps passé entre les deux sexes est tombée à un minimum historique de 10 heures par semaine. Les pères travaillent de manière rémunérée environ 12 heures par semaine de plus que les mères. Malgré un plus grand engagement dans les activités de soins, seulement un homme sur dix réduit sa charge de travail en raison de la paternité alors que 9 sur 10 disent qu’ils aimeraient le faire. Cela représente une charge supplémentaire permanente et montre que 10 jours de congé paternité, comme l’exige l’initiative, permettront une présence réelle du père durant les premiers instants de vie de l’enfant et de la famille, instants formateurs indispensables pour leur donner confiance et responsabilité aussi dans ces activités non rémunérées.

Aujourd’hui, les mères courent seules le risque professionnel de « fonder une famille », car le choix rationnel pour les jeunes familles est généralement que le père conserve le même niveau d’emploi à temps plein. Les conséquences sont bien connues : L’interruption de carrière de la mère se poursuit avec un revenu toujours plus faible et le manque de possibilités d’avancement. Le potentiel des femmes bien formées en tant que travailleuses qualifiées n’est pas exploité. La baisse permanente de la participation au marché du travail se traduit par un désavantage multiple pour les femmes à la retraite.

Il a été prouvé que les pères qui s’occupent déjà de leurs enfants en tant que bébés sont également impliqués de manière durable dans l’éducation. Les compétences acquises à un jeune âge permettent non seulement aux hommes d’exercer une activité indépendante dans l’éducation, mais renforcent également leur volonté d’apporter une contribution durable, substantielle et indépendante au travail familial.

10 jours de congé de paternité signifie la présence réelle du père dans la première année de soin à l’enfant. Aujourd’hui déjà, de nombreux pères prennent une semaine ou deux de congé pour subvenir aux besoins de leur mère dans les premiers jours suivant la naissance avant de reprendre le travail à plein temps. Avec 10 jours, cette phase importante peut être doublée ou la charge de travail peut être réduite à 50% chaque jour pendant 10 jours : c’est comme vous le décidez. C’est la seule façon de s’assurer que, d’une part, le père peut passer suffisamment de temps seul avec l’enfant pour acquérir des compétences parentales autonomes et, d’autre part, que le retour de la mère à la vie active soit facilité. Ces deux facteurs sont décisifs pour parvenir à un équilibre durable entre le travail familial et l’emploi rémunéré pour les deux parents – et donc à une égalité.

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L’enjeu économique

Pourquoi le congé paternité est aussi intéressant pour l’économie ? Les grandes entreprises (et les administrations) font les gros titres presque chaque semaine avec l’introduction du congé paternité (ou du congé parental) à leurs propres frais. Les entreprises interrogées par männer.ch donnent un large éventail de raisons pour expliquer cette évolution : elles vont de l’augmentation de l’attractivité sur le marché du travail, d’un engagement plus fort de la part des employés, à une promotion ciblée des femmes (exploitation du potentiel des spécialistes), en passant par la culture de l’image, la promotion/préservation de la santé ou l’adaptation au « développement social ».

Bref, le congé paternité est un moyen de se faire concurrence sur le marché du personnel. Il s’agit donc d’un moyen approprié pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée à laquelle la Suisse est confrontée et qui est susceptible d’augmenter dans les années à venir.

L’examen des autres pays exportateurs, et donc des concurrents directs sur le marché du personnel, révèle clairement l’écart en ce qui concerne la réglementation de la politique familiale. Cette situation est d’autant plus alarmante que l’immigration de spécialistes qualifiés (par exemple en provenance d’Allemagne) est en baisse.

On peut supposer que le congé paternité deviendra de plus en plus populaire à l’avenir. Les grandes entreprises, par exemple, peuvent déjà offrir une indemnisation plus généreuse aux jeunes familles sans « solution d’assurance » légale. Les PME, pour leur part, dépendent du congé paternité financé par la solidarité pour survivre dans la compétition pour les travailleurs qualifiés. C’est aussi une question de justice sociale : l’enfant d’un salarié de PME doit pouvoir compter sur son père actuel autant que celui d’un salarié d’une multinationale.

La Suisse, pays des PME, a besoin d’un congé paternité légalement ancré et financé par le partenariat social. Toutefois, cela ne profitera aux PME que si leurs performances ne sont pas très inférieures à celles des grandes entreprises mondiales.

Cliquez ici pour accéder au comité PME pour le congé de paternité : www.100-pro.ch

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Liens

MenCare Report 2: Vaterschaftsurlaub Schweiz

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